Il en est sûr maintenant. « Je n’ai jamais vu les Algériens aussi heureux », jubile cet étudiant aux faux airs de geek. « Heureux ? » Ce mot semble si faible pour décrire l’ivresse de leur « première victoire », celle d’avoir réussi, en moins de sept semaines, à pousser le président Abdelaziz Bouteflika à abdiquer. Avant de partir, « Boutef » aura tout de même réussi à rendre le sourire à tout un peuple… Mardi 2 avril, vers 20 heures, des milliers d’Algérois se sont retrouvés place Maurice-Audin ou devant la Grande Poste pour célébrer ensemble la démission du chef de l’Etat qui a régné sur le pays depuis le 27 avril 1999.

« Je n’aurais jamais pensé qu’on y arriverait. On a compris que l’union pèse », se réjouit Sonia, 26 ans, qui a manifesté depuis la première marche du 22 février contre le cinquième mandat que souhaitait briguer le vieil homme malade de 82 ans. « C’est fini », dit, dans un soupir, Karim, un consultant de 46 ans venu en famille. L’émotion vient de lui couper le souffle ; il se reprend et se lance comme pour s’en persuader : « On s’est libérés du colonialisme, on s’est libérés du terrorisme et on vient de se libérer d’un pseudo-roi. Oui, après 1962, c’est notre deuxième indépendance.

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Cette nuit-là, les youyous, les klaxons et les vuvuzélas n’ont pas trouvé de répit. Dans les rues du centre-ville de la capitale, jeunes et anciens ont communié ensemble en s’enroulant avec une infinie fierté dans le drapeau vert et rouge de l’Algérie ou dans le fanion coloré amazigh. Ils ont surtout pris un malin plaisir à entonner un slogan devenu depuis plus d’un mois l’autre hymne national : « Makach elkhamssa ya Bouteflika » (« Pas de cinquième [mandat] Bouteflika »).

Durant des heures, on s’est lancé des clins d’œil complices, incrustés dans les selfies des autres, pris en photo avec la grand-mère d’un inconnu. Des étrangers se sont embrassés comme deux frères qui ne se seraient pas revus depuis des décennies ; et certains n’ont pas hésité à claquer la bise à des policiers qui n’ont même plus fait semblant de cacher leur joie. D’autres ont sorti les motos surpuissantes, les 4 L ou les 2 CV aux couleurs de l’Olympique de Marseille…

Défilé de la révolution

Bref, c’était le défilé du 2 avril 2019 de la révolution pacifique algérienne tout au long de l’artère Didouche-Mourad. « Je ne réalise pas encore », a juste le temps de dire l’actrice Adila Bendimerad, avant d’être emportée par la foule au bras d’un ami. Non loin d’elle, une vieille dame enveloppée par son haïk, vêtement traditionnel, regarde le spectacle d’une foule en liesse. « Ce n’est pas la peine de m’interroger, c’est la victoire des jeunes. C’est tout ! », lance-t-elle.

Le mot « liberté » a été sur toutes les lèvres. Mais ces milliers d’Algérois n’ont même pas eu besoin de le prononcer : il pouvait se lire aisément sur leurs visages. Ils ont aimé se réunir sous le tunnel de la faculté où l’on sent les vibrations de leurs cris traverser le corps. A force de répéter les mêmes chants, comme « C’est notre pays, on fait ce qu’on veut », certains sont entrés en transe… « Maintenant que la rue a destitué “Boutef”, on va pouvoir commencer à savoir la vérité sur lui et son entourage », espère un jeune avocat d’une trentaine d’années.

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